La naissance de Violette

Par Cecilchen, jeudi 27 juin 2013 à 16:24 :: Nouvelles du front :: #346 :: rss
Depuis début mai, j'attendais les premiers signes... RIEN.
Alors, j'ai marché, crapahuté, cleané la maison, re-marché, re-cleané, monté les escaliers à gogo.
RIEN. On m'avait dit début mai au plus tard, à ma dernière consultation, RIEN.
Mi-mai : RIEN. Je désespère. Pourtant, des contractions, j'en ai ! Mais rien de plus...
J'en peux plus, je suis énorme, lourde, gonflée/bouffie, fatiguée, j'ai un point douloureux dans le ventre, je n'en dors plus, je suis essoufflée, je crains l'arrivée des vergetures...


Comme la date prévue de l'accouchement était pour samedi 18/05, je dois me rendre aux urgences de la maternité ce jour là pour faire le point.
Contrôle : ok. Tout va bien, mais le col n'a pas évolué vraiment depuis la dernière visite... Bon... On me propose un déclenchement par injection d'ocytocines. Je me suis renseignée sur Internet il y a quelques jours là dessus, et j'ai vu assez d'émissions pour savoir à quel point un déclenchement est douloureux (contractions plus fortes)... Moi, dans mes rêves, je voulais accoucher le plus naturellement possible : donc sans péridurale. C'est aussi pour ça que j'avais choisi cette maternité là, classée "amie des bébés". Donc je refuse le déclenchement, je me dis que ça arrivera bien un jour ou l'autre, sans doute demain... Ça fait neuf mois que j'attends (et j'ai passé 3 mois à pleurer de peur qu'elle n'arrive trop tôt...), on n'est plus à deux jours... Le médecin qui me prend en charge n'est pas ravi de mon choix, mais bon... J'ai droit à un "décollement des membranes", je passerai les détails sanglants... un examen du liquide amniotique (encore une fois, je passe...), et je rentre à la maison, avec ordre de revenir lundi matin si rien ne s'est passé d'ici là (a priori le décollement des membranes devrait provoquer des contractions).
Samedi après-midi : RIEN
Dimanche matin : RIEN
Dimanche après-midi : RIEN (Je passe le temps à l'affut du moindre signe... Il pleut et la seule occupation raisonnable c'est un triomino...)
Dimanche soir : toujours RIEN...
Lundi 6h, je me lève et me prépare pour être à 8h aux urgences, comme convenu, du coup...
Mes tartines de pain brûlent, je m'endors dans mon bain : nickel, je me dis que je vais adorer cette journée.
Je me demande à combien de jour post-terme on est obligés de déclencher, je me dis que j'ai encore au moins 4 jours, ça me semble interminable. Je me demande ce qu'ils vont me faire aujourd'hui, j'ai bien eu mal samedi, j'ai pas trop envie de remettre ça...
8h30, je suis accueuillie par le sage-femme qui était là en février ! Il se souvient de moi et on rigole de la situation... Il m'avoue que le Loxen provoque souvent un dépassement de terme... Me voilà dans la salle d'observation, scotchée, comme d'habitude, à une table dure comme du chien et trop courte pour pouvoir s'allonger sans que la moitié des jambes ne dépassent...


Monitoring sur le ventre : zéro contraction. Le petit cœur de Violette en fond sonore :) C'est encore irréel de se dire que bientôt ce bébé que j'entends sera contre moi !!!

Le médecin passe et me parle de déclenchement, je lui demande si j'ai encore le temps et il fait la moue... Sur mon dossier qu'il tient dans ses mains, il lit bien que je ne souhaite pas de péri... Il rigole et me traite de ringarde :D Je me dis qu'on va encore bien rigoler aujourd'hui !! Plus sérieusement il me parle des risques pour le bébé si on attend encore 2 jours de plus, et je n'ai pas trop le choix que d'accepter de déclenchement. Je demande si on ne peut pas faire autrement que par perf et c'est niet. Bon... Je suis installée en salle d'accouchement directement (je traverse le service "le cul à l'air", enroulée dans un drap ("ça sert à rien de vous rhabiller de toute façon"), converses aux pieds, en me disant que ma Dignité, ma Pudeur, et tout le reste n'ont pas été autorisés à franchir le seuil des urgences...

Dans la salle de travail, la sage femme et sa stagiaire me demandent de me déshabiller entièrement pour passer une blouse. Je me désape devant elles (j'entends Pudeur et Dignité hurler à l'autre bout du couloir, mais bon...)... "Ah bah mince, on n'a plus de blouse ici... Je reviens..." Je reste plantée là, à poil devant la stagiaire, à attendre une blouse, je me sens humiliée, j'ai envie de pleurer... La fameuse blouse arrive, un truc informe en intissé bleu marine transparent... Ah oui ça change tout effectivement...

On me dit que le déclenchement peut échouer et que dans ce cas je serai installée à coté, en salle de pré-travail, et qu'on retentera demain... Non, je ne rentrerai plus chez moi sans le bébé !!! Suis pas sortie de l'auberge... Je suis contente qu'on me parle enfin, ça y est, d'avoir mon bébé !! Mais je me vois déjà trainer à poil 3 jours dans le service, avec la chance que j'ai, et je suis blasée...

A 9h, je me retrouve perfusée avec cette saloperie d'ocytocine qui me donne rapidement toute une série de contractions... Je gère... Les contractions deviennent régulières et se rapprochent, je me dis que c'est bon signe mais j'arrive toujours pas à croire que je pourrais accoucher là, aujourd'hui, c'est impossible dans ma tête que ce soit "mon tour", très curieuse impression.


A 11h, en bonne chieuse, je demande à me lever, ils sont assez étonnés, "normalement" en salle de naissance on reste bien gentiment allongé sur sa table. Je leur fait comprendre que leurs "normalement" ils se le foutent là où ils pensent, parce que j'ai mal, j'ai pas de péri, et j'aimerais bien marcher et m'étirer un peu. La sage-femme m’ausculte avant, histoire de voir si le travail a commencé. Et oui, visiblement le déclenchement fonctionne ! Je suis ravie et Bonne Humeur (que j'avais égarée il y a quelques jours) rentre dans la salle. On me propose de m'asseoir sur un gros ballon de gym pour faire avancer le travail un peu plus vite, je m’exécute dans la bonne humeur (après qu'ils m'aient démêlé tous les fils auxquels je suis reliée). La sage-femme passe régulièrement augmenter le débit de la perfusion, il est bientôt midi et je gère toujours la douleur sans péri.
A 12h45 elle repasse pour m'ausculter, je suis à toujours à 3cm, le col évolue un peu, mais doucement... Elle me demande si je veux la péri tout de suite, je dis que ça va, NON pour l'instant elle se la garde, la peur de l'aiguille est encore plus importante que la douleur. Elle augmente encore la perf (mais quand est-ce qu'elle va arrêter de faire ça ???) et quitte la pièce. Je me relève aussitôt pour marcher un peu dans mon mètre carré disponible (je suis limitée avec tous mes fils) et d'un seul coup, je me mets à hurler de douleur comme une vache, incontrôlable, c'est les super contractions qui arrivent... Je n'ai qu'une minute de répis entre chaque contraction, je me demande comment c'est possible de gueuler à ce point, j'en rigolerais presque... Je m’agrippe au pied de la perf et je gueule à nouveau, je suis figée sur place... Je parviens difficilement à biper la sage-femme pour réclamer cette pourriture de péridurale (le bip marchait pas d'ailleurs :D mais comme elle m'a entendue beugler elle est arrivée). Elle hallucine car elle me l'a proposée il y a 5mn à peine et j'ai dit non, mais quitte la pièce de toute hâte en voyant mon état :D L'anesthésiste est dans le coin, il arrive quelques minutes après, je pleure d'angoisse et de blase... Mais il est top et me rassure. Il m'engueule un peu parce que je me crispe, mais c'est sans méchanceté (il m'appelle "ma puce") et tout le monde est d'une douceur incroyable avec moi il me semble. Péri posée, je n'ai absolument rien senti (grâce à la piqûre d'anesthésiant qu'ils font localement avant de poser la péridurale), et la douleur s'envole complètement en 3 minutes, incroyable... On déconne avec l'anesthésiste qui est bien bien barré ! Faut dire que je me sens complètement stone, shootée, tout ce que vous voulez.

Je me repose quelques minutes, je profite du calme qui règne à nouveau dans la salle d'accouchement... Mais c'est de courte durée, car je romps la poche des eaux et je dois appeler du monde à nouveau... La sage-femme me contrôle le col à nouveau et me regarde bizarrement "Dites moi, vous étiez dilatée à combien tout à l'heure ???? (= il y a 30mn) Vous êtes à 9 là, on va pouvoir s'installer !" C'était donc ça, cette douleur insupportable : je suis passée de 3cm à 9cm en 30mn :D Elle prépare la table pour la sortie de Violette, ça me fait tout drôle, j'ai toujours du mal à réaliser.

Finalement, je n'ai poussé que 1h30 après, Violette n'arrivait pas à descendre dans mon bassin car mon coccyx bloquait (visiblement je suis une atrophiée du coccyx :D ) donc mon pauvre bébé a eu droit à la ventouse sur la tête.

Pousser avec la péri c'est pas facile non plus... J'ai eu des compressions abdominales par la sage-femme (son avant-bras gauche sous mes côtes, son bras droit qui maintenait son avant-bras gauche, elle s'appuyait de tout son corps sur mon ventre pour aider le bébé à descendre), mais finalement c'était encore pire avec ça, car ça coupe le souffle et j'étais incapable de faire quoi que ce soit...
Finalement le médecin a demandé à la SF d’arrêter les compressions (ce qui m'a pas déplu :o ), j'ai pu reprendre mon travail correctement. Quand la tête était quasi sortie il m'a demandé si je voulais la toucher, incroyable : une petite sphère chaude, poilue et mouillée !!!!!! C'est incroyable, vraiment incroyable, de réaliser que c'est la tête de son bébé, que plus rien ne sera plus jamais pareil après ça... J'ai dû pousser encore une fois pour que la tête sorte complètement, après, il a fait sortir une petite main et un petit bras, première image de mon bébé (très curieuse image d'ailleurs !!!! "tiens, une main qui sort de moi ??")
J'étais bien trop émue (et shootée) pour pleurer ou quoi que ce soit, simplement complètement interloquée "ohhh !! ohhh !!! ohhhh !!!!"
C'est effervescence, tout s'accélère d'un seul coup, et il est 15h09 lorsque Violette est posée sur mon ventre. Je remercie vivement le médecin de m'avoir libérée de mon gros ventre... :D il rigole... Je suis d'ailleurs étonnée de retrouver un ventre mou, et déjà si plat ! Ma peau est toute fripée !!
Le placenta est expulsé dans la foulée, je n'y prête même pas attention. Comme c'est un jour férié, il n'y a pas de transporteur pour le sang placentaire, je ne peux pas donner le mien... Tant pis...

Je suis étonnée qu'ils n'emmènent pas Violette pour se faire désobstruer, ils me la laissent contre moi. Visiblement il n'y a pas besoin mais je croyais que ca serait automatique (pas dans les maternité "amies des bébés", j'en suis ravie). Je la câline en peau à peau le temps que le médecin termine les soins sur mon corps. Ils emmènent ensuite Violette pour son premier contrôle technique obligatoire, et la pèsent : "Devinez combien ???" euh... "4.020, Madame !!!" (estimée à 3.700g à l'écho des 32sa). Ils me la ramènent de suite en peau à peau et je suis heureuse mais super frustrée, car posée ainsi tout contre moi je n'arrive pas à voir son petit visage :D Le médecin prend un peu de temps pour m'expliquer que normalement il aurait fallu les forceps pour la sortir mais qu'il a quand même voulu essayer avec la ventouse, que mon coccyx bloquait de trop pour qu'elle sorte seule. Il m'a dit d'en informer ma sœur jumelle, car c'est sans doute congénital... Il me dit de demander à ma mère si elle a ce problème... Il insiste lourdement "Hein, vous lui demanderez, hein"... Je finis par l'envoyer bouler, il se trouve tout bête. Ma foi... (Quand j'y repense, moi aussi je suis née avec une ventouse, et elle a aussi eu des compressions abdominales... Ça devait être ça...)
Il me dit, lui aussi, que les femmes qui avaient été sous LOXEN sont souvent déclenchées, finalement... Qu'il fallait juste un coup de pouce pour que l"utérus se remette en marche. Ça aurait rien changé, mais je me dis que j'aurais bien aimé qu'on m'informe de ça au mois de février.
Il me dit, enfin, et à nouveau, que j'ai bien fait de prendre la péridurale, que c'est les ringardes qui la prennent pas ! On en rigole :)
Tout le monde me félicite une dernière fois et quitte la pièce et je reste 2h en salle d'accouchement pour profiter de la choupette tranquillement en peau à peau, c'est enfin paisible, je ferme les yeux et l'écoute respirer... Elle refuse la tétée d'accueil, on verra ça plus tard tant pis. J'ai hâte de pouvoir voir son petit visage...
Puis l'équipe vient l'habiller (tous les vêtements prévus étaient trop petits, du coup.....), la dépose dans son petit berceau en plexiglas (je la vois enfin !)
Et vous aussi => clic <=
et on nous monte dans ma chambre, à 18h :) (Pour l'histoire, j'étais encore censée être à poil pour traverser le service, mais j'ai braillé pour pouvoir enfiler mon t-shirt, faut pas pousser, j'avais retrouvé Dignité et Pudeur)

La suite, du classique :)

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